


Le ruban glisse du mât, léger, rouge, et le vent du soir l'emporte. Il tourne, il vire, il danse au-dessus de la crête et de la gorge. Louise le regarde filer parmi les premières étoiles, tout contre l'aile verte du dragon. Ainsi finit le jour : un ruban dans le ciel, une amie sur la montagne.
Exemplaire unique. À toi pour toujours.
Une histoire Lumora
imprimé pour Louise
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Le dragon incline son grand museau vert, doux comme une révérence, tout près du visage de Louise. Elle rit, essoufflée, le cœur encore battant du pont et du vent. Alors elle dénoue son ruban rouge, fidèle compagnon de la traversée, et le tend vers le mât planté au sommet. Les drapeaux de prière frémissent autour d'elle, comme s'ils saluaient déjà ce cadeau.


Une planche, une autre, puis la dernière sous ses paumes tièdes : Louise avance, sûre et basse, sans un tremblement. Ses bottes retrouvent la roche ferme, la vraie, celle qui ne bouge pas. Le vent se tait, l'oiseau tourne, la crête l'accueille tout entière. Et juste alors, au bord du monde, le soleil s'efface derrière la montagne.


Genou après genou, main après main, Louise se fait basse, se fait lente, se fait corde parmi les cordes. Le vent cherche une aile à saisir, une jupe à gonfler, il ne trouve qu'un petit dos rond et patient. Le chocard tourne, siffle, renonce — plus rien ne vole, plus rien ne vacille. Sous elle, le grand pont se tait enfin, calme comme une main posée à plat.


Là-bas sur son rocher, bas et large, le dragon ne bouge pas, ancré comme une pierre parmi les pierres. Louise regarde ses pattes rondes, son ventre proche du sol, sa patience de mousse et de granit. Alors elle plie les genoux, pose les mains sur la grosse corde, et son corps entier se fait plus près du pont, plus près du vide, plus près du vent.


Plus rien à saisir, plus de drapeau, plus de fil : Louise plonge les deux mains vers la corde du bas, la seule, la dernière. Le vent la pousse, la pousse encore, comme s'il voulait la vallée pour lui seul. Sous ses bottes le vide respire, et sur la crête le soleil glisse, glisse, presque éteint. Louise serre la corde et ne regarde plus que ça.


Louise saisit les drapeaux de prière, rouges et bleus et jaunes, cherchant l'abri de leurs couleurs tremblantes. Le chocard tire d'un coup de bec sec, précis, obstiné, et la cordelette cède dans un long soupir de fibre. Le ruban glisse, le tissu glisse, tout glisse sous ses doigts froids. Louise ferme les yeux et n'entend plus que le vent qui hurle sa chanson vide.


Le vent hurle, la planche gronde, et Louise crie plus fort que le vide : — L'oiseau fait trembler les passerelles ! Le dragon reste immobile, sa voix roule comme une pierre lente : — La montagne éprouve toujours ceux qui se pressent. Louise serre son ruban et respire, les bottes plantées sur le bois qui tremble encore.


Louise s'élance, debout, pressée, le cœur battant plus vite que ses bottes. Un chocard noir surgit du vide, criant, tournoyant, plongeant droit sur son ruban rouge. Il tire, il tape, il s'acharne — et la première planche bascule, roule, se dérobe sous le pied de Louise.


Le dragon déplie ses ailes, larges et vertes comme des feuilles d'eau, dans un long froissement de soie et de brume. Il regarde Louise, au loin, toute petite entre les drapeaux qui claquent. — Le soleil touche la crête, Louise, dit-il. Traverseras-tu avant la nuit ?


La brume s'entrouvre, laineuse et lente, sur l'autre rive du grand vide. Une écaille verte luit, puis une autre, comme des feuilles de jade sous la rosée. Le dragon s'avance, doux et grand, entre les drapeaux qui tremblent, et pose sur Louise un regard calme, un regard rond, un regard ami.


Le chemin s'arrête net, comme coupé d'un coup de hache, et Louise s'arrête aussi, le souffle court. Devant elle, la gorge s'ouvre, immense, et le pont de corde s'étire au-dessus du vide, fragile et vaillant à la fois. Des drapeaux de prière, rouges, jaunes, bleus, claquent et crépitent dans l'air froid, comme une volée d'oiseaux attachés. Louise serre son ruban rouge et regarde, les yeux grands, ce fil suspendu entre deux mondes.


Louise grimpe, les cailloux roulent et crissent, légers tambours sous ses bottes. Les grands sapins étirent leur ombre bleue, pas à pas, sur la vallée qui s'endort. Le vent lui chante aux oreilles, frais et rond, et sent la résine et la pierre chaude. Plus haut, toujours plus haut, avant que l'or du ciel ne se referme.


Au pied de la Montagne Calme, l'air sent la pierre chaude et la résine des sapins. Louise noue son ruban rouge, un tour, puis deux, bien serré autour du poignet. Là-haut, le sommet flotte dans une lumière dorée, tranquille et lointaine comme une promesse. Elle respire, elle regarde, elle part.

pour Louise
Une histoire Lumora
imprimé pour Louise



