


La nuit descend, douce et bleue, sur l'eau devenue calme. Sous la roche, la grande coquille veille, immobile, sur ses poissons d'argent. Jade dort déjà contre Barnabé, et la mer chante bas, tout bas, pour eux trois.
Exemplaire unique. Ă toi pour toujours.
Une histoire Lumora
imprimé pour Jade
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Ăpaule contre pince, Jade et BarnabĂ© regardent la mer violette monter doucement vers les rochers. En dessous, les petits poissons d'argent tournent et retournent, vifs comme des Ă©tincelles d'eau. Personne ne bouge, personne ne parle, et le soir descend sur eux deux.


Alors Jade ne pousse plus, ne tire plus, ne demande rien : elle s'assoit contre la roche, tout contre BarnabĂ©. Son dos calĂ© contre la falaise fait un mur de plus, doux et tĂȘtu, contre les vagues. Les poissons d'argent frĂ©tillent sous eux, Ă l'abri, et Jade sourit du sourire des grandes gardiennes.


Jade regarde la pince fermĂ©e, la coquille immobile, et son cĆur change de forme : BarnabĂ© n'est pas mĂ©chant, il monte la garde. Il protĂšge ses poissons d'argent, tout menus, tout tremblants, contre la mer qui gronde et grossit. Alors la peur de Jade fond doucement, comme le sel fond dans l'eau.


Jade tombe Ă genoux, tout contre les pattes tiĂšdes de BarnabĂ©, le souffle coupĂ©. LĂ , dans une flaque pas plus grande qu'une coquille, une dizaine de poissons d'argent frĂ©tillent et brillent. Elle retient sa main, elle retient son cĆur : elle n'a jamais rien vu d'aussi petit, d'aussi vif.


Jade grimpe sur la corniche, au-dessus de la lourde coquille de Barnabé. La roche est lisse, la roche est froide, la roche garde ses secrets. Sa botte rouge ripe, glisse, et plonge seule dans l'eau claire.


Une vague éclate contre le rocher, fraßche comme une pomme mordue. L'eau frÎle les genoux de Jade, fraßche et salée sur sa peau. Elle glisse les doigts derriÚre la coquille de Barnabé, mais la pince ne bouge pas d'un millimÚtre.


Jade sort son galet rose, le plus brillant, le plus doux, le plus beau. â Regarde, BarnabĂ©, il est Ă toi, donne-moi juste la moitiĂ©, dit-elle. D'un petit coup de patte sĂšche, le crabe repousse le trĂ©sor qui roule et tombe dans l'eau.


Jade pousse la coquille lourde, tout doucement, du bout des doigts. â Laisse-moi entrer, BarnabĂ© ! dit-elle, les pieds dĂ©jĂ mouillĂ©s. Mais la grosse pince claque un CLAC sec, et BarnabĂ© ne bouge pas d'un pouce.


Jade grimpe vers la fente sĂšche, la seule dans toute la falaise, jambes vives et cĆur battant. Mais BarnabĂ© se faufile avant elle, coquille contre coquille, et cale son grand corps en travers du trou. Il ne reste plus une miette de place, plus un souffle, plus rien.


Le ressac claque, gronde et cogne contre les rochers roses. L'eau froide grimpe, mouille les bottes rouges de Jade, gagne un peu, encore un peu. La marée monte vite, plus vite que Jade et Barnabé.


Le soleil descend, doux et rose, sur les jardins d'anémones. Jade avance sur la roche, la main posée sur la carapace brillante de Barnabé, son ami crabe géant. Ensemble ils regardent onduler les fleurs violettes et mauves, entre deux flaques qui scintillent.

pour Jade
Quand la marée monte, Jade cherche à s'abriter auprÚs du grand crabe qui refuse de lui céder la place.
Une histoire Lumora
imprimé pour Jade



