

Grand-mÚre sourit et tendit la derniÚre datte, sa peau sombre et sucrée, et Amira la prit entre deux doigts. Au-dessus d'elles, le moineau se tenait immobile sur le poteau de la lanterne, petite silhouette nichée dans la lueur dorée. Le jardin était silencieux comme le sont les choses comblées. Amira se blottit contre Grand-mÚre et mangea sa datte, et la nuit s'installa autour d'elles comme un souffle retenu.
Exemplaire unique. Ă toi pour toujours.
Une histoire Lumora
imprimé pour Amira
lumora.kids

Amira s'appuya contre Grand-mĂšre, le poids chaud de son Ă©paule solide et rassurant. Au-dessus d'elles, le chant du moineau montait et descendait comme une question Ă laquelle on rĂ©pond. Elle avait cru qu'Ă©couter voulait dire rester tranquille et silencieux â mais c'Ă©tait autre chose, quelque chose de plus grand. Ăcouter, c'Ă©tait remarquer qui Ă©tait lĂ , et ce dont il avait besoin.


Le moineau secoua ses plumes une fois, puis s'Ă©lança de la table et se posa sur le poteau de la lanterne avec un petit claquement sĂ»r de ses griffes. Un silence tomba sur la cour, comme celui qui s'installe dans une piĂšce juste avant que quelque chose d'important arrive. Alors l'oiseau ouvrit le bec et chanta â un fil de son clair et tranquille qui montait en spirale dans l'air tiĂšde du soir. Amira laissa reposer ses mains poisseuses sur ses genoux et écouta.


Le moineau resta un instant immobile au bord du bol, une petite patte levée. Puis il trempa son bec et but, et but encore, et encore. Ses ailes frémissaient, éparpillant de fines gouttelettes fraßches sur le poignet d'Amira. La crispation désespérée disparut de sa poitrine, et tout son petit corps sembla s'adoucir.


Amira regarda le bec sec et ouvert du moineau, et elle comprit. Sans dire un mot, elle fit glisser le petit bol en argile doucement sur la table, l'eau fraßche frémissant jusqu'au bord. Le moineau la regarda lùcher le bol et immobiliser ses mains.


Amira laissa retomber ses mains sur ses genoux et regarda le moineau sur la table â le regarda vraiment. Sa petite poitrine se soulevait Ă chaque souffle rapide, et son bec restait ouvert dans la chaleur lourde du soir. L'oiseau n'Ă©tait pas lĂ pour dĂ©ranger. Il demandait.


Grand-mÚre ne chassa pas l'oiseau et n'éleva pas la voix. Elle posa ses doigts sur ceux d'Amira et les garda là , immobiles et chauds. « Certaines histoires, dit-elle doucement, ne se racontent pas avec des mots. » La cour se posa autour d'elles comme une longue et lente respiration.


Amira plaqua ses deux paumes sur ses oreilles, mais le pĂ©piement continuait de se faufiler quand mĂȘme. « Il gĂąche tout », dit-elle, la voix serrĂ©e par la contrariĂ©tĂ©. La soirĂ©e tranquille qu'elle avait attendue toute la journĂ©e lui Ă©chappait, et l'histoire de Grand-mĂšre avec elle.


Le moineau sauta sur une branche basse et se mit Ă pĂ©pier â une fois, puis encore, puis encore, chaque appel un peu plus pressant que le prĂ©cĂ©dent. Le son envahit toute la cour, petit mais insistant, s'insinuant dans les espaces entre les mots de Grand-mĂšre. La voix de Grand-mĂšre se fit plus douce, puis encore plus douce, jusqu'Ă n'ĂȘtre presque plus rien.


Le moineau sautilla vers le bol en argile, ses petites pattes trottinant sur la table. Amira agita ses doigts poisseux dans sa direction pour le faire reculer. Elle voulait l'histoire â la voix de Grand-mĂšre, le secret, le trĂ©sor. L'oiseau la regarda et ne bougea pas.


Grand-mÚre se pencha et laissa tomber les premiers mots de l'histoire, doux comme un souffle dans l'air du soir. C'est alors qu'un petit moineau poussiéreux se posa sur la table d'un battement d'ailes fatiguées, le bec grand ouvert. Il resta parfaitement immobile, la poitrine haletante, comme s'il avait volé trÚs, trÚs longtemps pour arriver jusqu'ici.


Amira croqua dans une datte, et la douceur se rĂ©pandit sur sa langue, Ă©paisse et chaude comme du miel. Ses doigts collaient lĂ oĂč le sirop avait sĂ©chĂ©. Grand-mĂšre prit un petit bol en argile rempli d'eau fraĂźche et le glissa doucement entre les mains d'Amira. L'eau Ă©tait si froide qu'Amira retint son souffle.


Grand-mĂšre souleva une petite assiette en terre cuite et la posa entre elles â des dattes si sombres et si sucrĂ©es qu'elles sentaient le miel et le sable chaud. « Ce soir, dit-elle d'une voix basse et douce, je vais te raconter mon histoire la plus prĂ©cieuse. » Elle se pencha tout prĂšs, et Amira sentit le tissu lĂ©ger de sa manche lui effleurer le bras. « Le secret, murmura Grand-mĂšre, du trĂ©sor du dĂ©sert. »


Chaque soir, quand le soleil s'inclinait bas sur l'horizon, Amira venait s'installer contre sa grand-mÚre sur le tapis tissé de la cour, genou contre genou. Les fils rugueux dessinaient de douces empreintes sur ses chevilles, et les pierres tiÚdes en dessous gardaient encore la chaleur du jour. Grand-mÚre lissait sa robe, croisait les mains, et Amira se penchait vers elle, déjà toute à  l'écoute.

pour Amira
Ăcoute bien â c'est lĂ que se cache le trĂ©sor.
Une histoire Lumora
imprimé pour Amira



